Tirages numériques couleur
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Matthieu Gafsou

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Interview
Matthieu, comment êtes-vous venu à la photographie ?

Pendant mes études de Lettres, j'ai acheté un reflex numérique. Je ne connaissais absolument rien à la photographie, tant sur le plan technique qu'historique. Mais j'ai découvert à ce moment-là une vraie passion.

Mes références picturales venaient principalement du cinéma, que j'étudiais: Wim Wenders, Buñuel, Tarkovski... Le numérique a été une bonne école. En quelques mois et plusieurs milliers d'images, j'ai appris les bases: cadrer, lire une lumière.

Ensuite, je suis allé technologiquement à rebours. D'abord le moyen-format ; je trouvais réponse à mes problèmes techniques sur internet, et notamment galerie-photo. Et puis un jour, un vendredi, j'achevais mon mémoire de maîtrise, j’ai envoyé un mail à un responsable de l'école de photographie de Vevey. A tout hasard. Il voit mon site et me rappelle le jour-même. Il restait une place au sein la formation supérieure. Là, je suis passé au grand-format. En juin, j'achèverai mon passage dans cette excellente école, aujourd’hui menacée pour des raisons politiques. En même temps que je faisais mes armes techniquement, j’ai énormément lu : histoire de l’art, de la photographie, de l’art contemporain… Et je continue. A Vevey, les workshops avec des personnes comme Thibaut Cuisset, Regina Virserius, Gilbert Fastenaekens ou Yuki Onodera m’ont beaucoup apporté.

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Une photographie de Gerald Garbez

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Interview
Qu’est-ce que la chambre vous a apporté ?

Au-delà des qualités techniques que propose cet instrument, l’utilisation de la chambre pour mon travail n’est pas anodine. Cet appareil m’a amené à changer ma façon de photographier, à adopter un comportement différent de celui que j'avais avec un appareil plus léger de type moyen format. Sa mise en place, l’utilisation d’un pied, me permettent d’approfondir le  temps de réflexion nécessaire sur ce que je décide photographier. Et ainsi j'apporte un soin particulier au cadrage.  
Cela joue pour moi un rôle également au niveau physique. J’avais besoin que cet objet  puisse contraindre mon corps, de ne pas faire qu’un avec celui-ci. 
Je veux offrir au spectateur, quand il regarde mes photographies, lors du premier contact, une vraie jouissance de l'œil. Je veux qu'il circule dans l’image, qu’il ne s’arrête pas pour fixer le regard sur un point précis. J'aimerais qu'il partage également le même temps de réflexion que j’ai eu au moment de la prise de vue, je voudrais en quelque sorte le retenir par une expérience photographique qui est celle que j’ai pu avoir au moment de l’exécution. 
Mais je tiens à souligner que mon travail photographique n’est pas d’ordre contemplatif. Il tient plus de l’observation : être attentif au sujet sur lequel je suis en train de travailler.

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Pierre Hebert

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Photographies couleur

Galerie-photo : depuis une ancienne interview sur galerie-photo, il semble que votre travail ait énormément évolué vers la couleur, et que celle-ci soit devenue une préoccupation essentielle dans vos images. Pourquoi cette transformation ?

L'arrivée du numérique a poussé la photographie vers la couleur. Appareils, scanners, logiciels de retouche d'image, tirages jet d'encre : les photographes disposent pour la première fois dans l'histoire du médium de la possibilité d'une véritable maîtrise de leur travail en couleur. Pour moi, Photoshop n'est rien d'autre qu'un agrandisseur. Je l'utilise avec la même logique que j'utilisais mon Durst il y a dix ans, la couleur en plus. C'est tout un apprentissage à reprendre, mais finalement, la couleur, pourquoi pas ? Cela dit, pour le moment, je considère cela comme une parenthèse. Il y a un certain acharnement pour montrer que ça fonctionne, mais au delà ? Rendez-vous dans quelques années...
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David Hlynsky

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Interview

"J’ai élaboré une méthode personnelle de travail pour le Wilderness Camp qui est à dessein néo-romantique et proche de la peinture. Pour constituer essentiellement des tableaux de paysage, je réunis les accessoires, les appareils photo, les projecteurs et les sujets dans des "studios" impromptus dans la forêt ou dans un jardin abandonné derrière ma maison dans ma Petite Italie de Toronto. Je crée de faux détails de paysage sur un dessus de table à l’atelier pendant les mois d’hiver.

Les images du Wilderness Camp sont prises sur un film Polaroid de type 55 qui produit en instantané à la fois un positif et un négatif de haute qualité au format 4x5’’. Je traite ce négatif sur le terrain dans un simple bain chimique amené dans un tupperware.

Travaillant ainsi je prends une image au travers d’angles et de lumières différents jusqu’à ce que tout d’un coup l’une d’elles me surprenne. En général il faut plus de 20 prises pour que cela arrive. Les idées et les nuances apparaissent au travers des essais et des repentirs ainsi qu’une peinture qui évolue du premier jet à la facture définitive.

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Henry Lewis & Christiane Thomas

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Une illustration de l'Odyssée

L'Odyssée nous conte le retour d'Ulysse de la Guerre de Troie (vers le XIIème siècle av. JC ?). L'histoire a volé de bouche en bouche jusqu'à Homère (VIIIème-VIIème siècle avant JC) que l'on retient comme auteur du poème dans sa forme actuelle. On sait qu'il fallut 10 ans au malheureux Ulysse pour retrouver son pays, son fils et sa femme. 10 ans que dura l'Odyssée, 10 ans d'une aventure où les enfantillages des Dieux prennent en otage la sagesse et l'humanité du héros. 10 ans de courage et d'opiniâtreté impuissante face au destin toujours contraire. 10 ans de condition humaine… et un texte fondateur pour les peuples d'Europe. Les photographies d'Henry Lewis et de Christiane Thomas illustrent l'Odyssée. La narration photographique est répétitive comme le sont les formules narratives du poème : "ils s'embarquèrent aussitôt et, assis en ordre sur les bancs, ils frappèrent de leurs rames la mer grise d'écume…" ou "quand parut l'aube aux doigts de rose". La naïveté des tableaux centraux s'oppose à l'étrangeté raffinée et inquiétante des fonds radiographiques, qui témoignent de ce que l'histoire d'Ulysse est toute entière soumise au regard des Dieux. La toute petite scène où le héros humain déploie son courage n'est que le centre d'un vaste ensemble indifférent. De ce centre pourtant vient la lumière, vient l'espoir, vient l'action, vient la force brute d'une vie courageuse et pourtant dérisoire. Tout le message de l'Odyssée. 

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Henri Peyre

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Interview

J. B. : qu’est-ce pour vous qu’une bonne photographie  ?

H.P. : Quand la description atteint son paroxysme, par la qualité des matériaux, par le format, par la puissance de la couleur, la photographie révèle paradoxalement l’impuissance à décrire. Il apparaît brutalement, partant de cette déception, un sentiment un peu vague, une sorte d’attente, l’impression qu’il manque juste quelque chose, et que ce quelque chose est en train d’arriver, qu’on en perçoit déjà les premiers symptômes.

Une composition jouant sur les coïncidences, une désorganisation limitée du sens, peuvent venir alors renforcer l'impact proprement photographique seulement fondé sur la sensibilisation à la pure limite du médium. On pose alors d'autant mieux la question du statut du médium et de son rapport à la réalité.

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